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Un jour pas comme les autres!!!

 
‌Avant dernier jour.  La fatigue est là. Après deux semaines de montagne et des journées pleines passées dehors! Mais quand tu es dans les Abruzzes, tu n’es pas là pour dormir.
Je décide de monter une dernière fois dans une vallée que je connais bien, et où j’ai déjà fait plusieurs observations et photos pendant ce séjour.
Encore une heure avant de sortir de la forêt vers l’alpage.

Vers13h: Je m’installe dans un chaos rocheux qui me sert d’affût naturel. J’y resterai jusqu’à la tomber de la nuit. Un comptage Camosci, le chamois local, a eu lieu ce matin sur le secteur et 
les gens commence à redescendre sur le chemin. 

14h: Un groupe d’une trentaine de cervidés sort de la crête en mode panique. Les cerfs ont la tète haute, les biches et les faons lancés dans une course folle dans la pente.
Il se passe quelque chose d’inhabituel qui m’ alerte!

15h: Deux loups apparaissent en haut sur la crête. En deux coups de jumelles je reconnais les deux loups .Un male et une femelle que j ai déjà observés l’année dernière avec un louveteau .
Le mâle, un colosse, et sa femelle, plus petite, mais très agile et maline.

Ils vont marquer pendant un petit moment sur la crête. Pendant ce temps les cervidés, plus bas, sont rentrés dans la forêt. 
Les deux prédateurs vont s’ assoir en regardant les gens passer en bas sur le chemin!!
La femelle bouge elle descend, suivie du mâle, direction les cervidés. Je les observe aux jumelles sans être ni vu ni éventé.

Tout à coup changement de tactique. La femelle tourne à droite et descend direct sur moi. Un peu de marquage du couple alpha en descendant puis leur course se poursuit et je vois leur image grossir rapidement dans les jumelles.
Je mets alors l’œil sur le viseur du boitier et ne les lache plus.

Enorme 50m, 20m, 15m avant de disparaitre derrière le bloc qui m’accueille. Perdus de vue je décide de bouger un peu et là, émotion. Le mâle est arrêté juste derrière le rocher. Il ne m’a pas vu. La femelle est déjà passée, sereine, en mode prospection, sans aucun mouvement de fuite. Un loup à une dizaine de mètre! Fantastique.
Ce n’est qu’après quelques secondes que le regard du mâle va croiser le mien.  L’instant magique sera bref mai gravé pour l’éternité dans ma mémoire. Le temps d ‘analyser ma présence, il prend la fuite et entrainera la femelle avec lui.

Spectaculaire face a face en pleine montagne. L’émotion me submerge. Mais Mère nature n’a pas dit son dernier mot. Deux minutes plus tard je vois les deux loups revenir en mode scène de chasse derrière une biche.

La femelle, plus rapide, course la biche. Le mâle en embuscade les rejoint et saisit la biche sous le ventre, tombe dans le dévers, se relève, repart derrière et la saisit à nouveau. Puis la relâche encore. La femelle s’obstine dans la poursuite jusque dans la foret. Et c’est là, à l’abri de mon regard, qu’un gros vacarme de branches cassées suivi d’un lourd silence me laisse imaginer le dénouement.
 Il n’y a pas eu de cruauté. Seulement un scène de la vie sauvage dans toute sa grandeur.
Pour ces instants si rarement observés dans nos contrées, toutes les souffrances endurées pendant le séjours, tous les doutes de ne pas revoir le carnivore symbole de l’équilibre de la faune sauvage, ont été balayés par le flot d’émotion qui m’a submergé jusqu’aux larmes.
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