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Dans l’intimité des louveteaux.

      Deux ans que je prépare ce rendez vous de fin été. Deux ans que les caprices de mère nature me font renoncer à une possible rencontre avec l ‘espèce qui hante tous mes rêves. Vivre quelques instants face à un groupe de loups, un défi pour tout photographe animalier. Et pour ceux qui me connaissent une obsession qui ne cesse de grandir à chaque projet reporté.

      Voir le loup dans son milieu naturel, sans les menaces qui pèsent sur l’espèce en France, est un privilège que mon ami Corentin Esmieu me propose de partager en cette fin d’août. Accompagnateur en montagne, grand connaisseur de l’espèces, Corentin partage avec moi les passions de la photo et de l ‘observation des lupus.

      En ce mois où les chaleurs sont encore étouffantes je me rends dans les Alpes, la tête pleine d’images  rêvées. Des louveteaux seraient visibles non loin de leur tanière, situation qui risque de ne pas durer longtemps. À cette époque de l ‘année ils sont encore sur la place de rendez-vous et attendent le retour de chasse de leurs parents. Autant dire que lorsqu’on habite loin et sans contact local, on n’a que très peu de chance de se trouver face à cette situation et dans de bonnes conditions. 

      Arrivé chez Corentin, il me rassure. Les loups sont toujours là, fidèles à leur site de rendez vous. C’est remonté à bloc que je saute dans son véhicule tout terrain pour parcourir des pistes défoncées avant d’entamer, avec notre lourd chargement de bivouac et photo, une très longue marche qui nous éloigne un maximum  de la civilisation. Une journée entière d’approche au travers de vallées profondes rafraîchies par des ruisseaux limpides et de hauts plateaux écrasés de soleil nous gratifie déjà de belles rencontres : chamois, cerfs, chevreuils, bouquetins, vautours fauves et gypaète.

    C’est dans une petite vallée , encore éloignée du site à découvrir, que nous établissons notre camp de base pour éviter de trop disperser nos odeurs. Et de là nous partirons beaucoup plus légers dans l ‘ultime approche.175

     Maintenant nous allons vivre au rythme de la meute. Des affûts très tôt le matin jusqu’ à tard le soir. Changer d’affût en fonction des lumières mais toujours en veillant à ne pas être repérés. La discrétion, le maître mot du photographe animalier. Et grâce à la remarquable connaissance qu’a Corentin de cette meute, il ne faudra que quelques heures pour voir enfin nos premiers louveteaux. Quelle merveille de pouvoir observer ces jeunes qui découvrent petit à petit le monde qui les entoure, mesurent leur forces, jouent avec le premier bout de bois venu. Certains, déjà plus gaillards en imposent à d’autres plus chétifs. Quel privilège de vivre ces instants surtout en France! Une semaine passée en leur compagnie et à aucun moment des signaux d’alerte sur notre présence perçus dans leurs comportements. De la curiosité parfois, quand un louveteau s’approche à quelques mètres de ces formes bizarres qui rompent la pente sans savoir qu’on les observe. Une certaine harmonie règne comme le laisse espérer la présence de chevreuils autour de la petite famille.

    Il est vrai que pendant la journée les adultes restent très discrets mais présents.  Aperçus une seul fois, c’est par leurs vocalises qu’ils manifestent leur présence.

    Et c’est avec le maximum de précautions que nous nous retirons de leur territoire pour leur laisser se réapproprier toute la vallée.

     Un grand moment, très intense et rare!!!

      À l ‘heure où sont écrites ces lignes, l ‘automne est bien avancé et les louveteaux ont intégré la meute et affrontent la vie hostile des montagnes.

      Longue vie à eux et que la folie des hommes ne les rencontre pas trop tôt.