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L’envol d’un géant

L’hiver bat son plein mais il est peu rigoureux dans nos Pyrénées-Orientales. Le couple d’aigles royaux qui m’est familier n’est pas fixé sur l’aire qu’il va choisir. Ils en ont plusieurs que je connais, la difficulté sera d’anticiper sur celle qu’ils vont sélectionner. Mes observations se font de très loin pour ne pas les perturber dans cette période très sensible. Des parades et un rechargement plus intense sur une vire me décident à préparer un affût très discret à distance de sécurité. C’est un pari car je ne reviendrai que lorsque l’aiglon se nourrira par lui-même.

On est fin Mai et d’après mes calculs l’aiglon devrait avoir environ un mois. Le temps est venu. La météo capricieuse ces dernières semaines me laisse un créneau favorable pendant mes jours de liberté. J’y vais !

La montée vers mon affût se fait de nuit pour être le plus discret possible. Pourvu que je n’ais pas de mauvaise surprise et que mon pari soit gagné !

5 heures : L’aube pointe enfin. Je distingue à peine dans la pénombre les contours de l’aire, aucun signe de vie. Pari perdu ? La déception commence à m’envahir. Il faut encore attendre pour distinguer les détails.

6 heures 30 : Le ciel blanchit encore, la paroi s’éclaircit, les formes se précisent. Une boule à dominante blanche, immobile, est blottie vers la paroi. Des mouvements rares l’animent. Ouf, pari gagné. Immense émotion.001 (9)

Tant que la lumière n’est pas convenable, je profite du moment et ne photographie pas.

7 heures 45 : premier nourrissage. Un adulte apporte un marmotton qu’il lui abandonne. Il mange tout seul ; il est donc autonome. Mes observations se feront sur 48 heures. Je reviendrai dans 15 jours.

   Me voilà revenu mais la météo est contre moi. Brume, pluie, orages. J’aperçois parfois l’aiglon qui a bien grandit. Son plumage s’est assombri. Il est attentif à tout. Quand je l’entends glatir c’est que ses parents ne sont pas loin. L’alimentation s’est diversifiée car j’aperçois une patte d’ongulé dans l’aire. Pendant ces trois jours en position très inconfortable, et malgré une météo défavorable, j’ai pu faire quelques clichés sympathiques mais beaucoup de ratées !

   Avant l’envol, quelques jours de liberté me permettent de faire une dernière visite dans une météo toujours aussi capricieuse. Quand j’aperçois le petit, c’est sa grande curiosité qui se manifeste : il est attentif au passage du moindre papillon ou d’une plume qui s’envole. Les visites des adultes sont très rares. Il passe de nombreuses heures seul, mais pas abandonné : les parents font des passages rapides mais réguliers en bordure de falaise. Le temps de la musculation bat son plein. Je le vois souvent sauter dans l’aire et battre des ailes.218

 

 

 

   Bientôt le jour de l’envol. Je n’y assisterai pas mais suis sûr de le voir dans les prochaines semaines évoluer au-dessus des cimes en compagnie de ces parents jusqu’à l’automne.