Tous les articles par Alain Victor

L’envol d’un géant

L’hiver bat son plein mais il est peu rigoureux dans nos Pyrénées-Orientales. Le couple d’aigles royaux qui m’est familier n’est pas fixé sur l’aire qu’il va choisir. Ils en ont plusieurs que je connais, la difficulté sera d’anticiper sur celle qu’ils vont sélectionner. Mes observations se font de très loin pour ne pas les perturber dans cette période très sensible. Des parades et un rechargement plus intense sur une vire me décident à préparer un affût très discret à distance de sécurité. C’est un pari car je ne reviendrai que lorsque l’aiglon se nourrira par lui-même.

On est fin Mai et d’après mes calculs l’aiglon devrait avoir environ un mois. Le temps est venu. La météo capricieuse ces dernières semaines me laisse un créneau favorable pendant mes jours de liberté. J’y vais !

La montée vers mon affût se fait de nuit pour être le plus discret possible. Pourvu que je n’ais pas de mauvaise surprise et que mon pari soit gagné !

5 heures : L’aube pointe enfin. Je distingue à peine dans la pénombre les contours de l’aire, aucun signe de vie. Pari perdu ? La déception commence à m’envahir. Il faut encore attendre pour distinguer les détails.

6 heures 30 : Le ciel blanchit encore, la paroi s’éclaircit, les formes se précisent. Une boule à dominante blanche, immobile, est blottie vers la paroi. Des mouvements rares l’animent. Ouf, pari gagné. Immense émotion.001 (9)

Tant que la lumière n’est pas convenable, je profite du moment et ne photographie pas.

7 heures 45 : premier nourrissage. Un adulte apporte un marmotton qu’il lui abandonne. Il mange tout seul ; il est donc autonome. Mes observations se feront sur 48 heures. Je reviendrai dans 15 jours.

   Me voilà revenu mais la météo est contre moi. Brume, pluie, orages. J’aperçois parfois l’aiglon qui a bien grandit. Son plumage s’est assombri. Il est attentif à tout. Quand je l’entends glatir c’est que ses parents ne sont pas loin. L’alimentation s’est diversifiée car j’aperçois une patte d’ongulé dans l’aire. Pendant ces trois jours en position très inconfortable, et malgré une météo défavorable, j’ai pu faire quelques clichés sympathiques mais beaucoup de ratées !

   Avant l’envol, quelques jours de liberté me permettent de faire une dernière visite dans une météo toujours aussi capricieuse. Quand j’aperçois le petit, c’est sa grande curiosité qui se manifeste : il est attentif au passage du moindre papillon ou d’une plume qui s’envole. Les visites des adultes sont très rares. Il passe de nombreuses heures seul, mais pas abandonné : les parents font des passages rapides mais réguliers en bordure de falaise. Le temps de la musculation bat son plein. Je le vois souvent sauter dans l’aire et battre des ailes.218

 

 

 

   Bientôt le jour de l’envol. Je n’y assisterai pas mais suis sûr de le voir dans les prochaines semaines évoluer au-dessus des cimes en compagnie de ces parents jusqu’à l’automne.

 

 

 

 

 

 

Exposition Gorges de la Fou

 
   Si vous cherchez un peu de fraîcheur par ces temps de canicule et que vous êtes dans le Vallespir (66), non loin d’Arles sur Têt, faites un crochet aux gorges de la Fou. Quelques unes de mes photos du vautour percnoptère, nicheur local, vous y attendent. De grands formats sont exposés pour sensibiliser les nombreux visiteurs de ce site exceptionnel aux dangers planant toujours au-dessus de nos rapaces. 
 
   405   J’en profite pour remercier les agents de la Réserve Naturelle de Prats de Mollo-La Preste pour leur implication dans les tirages exceptionnels qu’ils ont choisis. Toute ma gratitude également à Beaphoto66 pour sa touche finale dans les rares mais indispensables post-traitements.

 

Pirenalia

Le chant du Grand Tétras a commencé depuis fin avril. Oiseau mytique pour nous Pyrénéens. De mœurs très farouche l’essentiel de l’année, il est très sensible aux dérangements de toutes sortes et aux atteintes de son habitat.
Cette année je décide  d’aller en Andorre où j ai contacté la Société Pirenalia. Sac vérifié,  et me voila parti pour deux jours de photos.

J’ai rendez-vous à Encamp avec Marc, l’ organisateur de ce tour. Une fois réuni avec deux autres photographes, nous recevons les recommandations à suivre pour les prises de vue. Et nous voilà partis pour une heure de marche avant d’attendre la place de chant. Chacun sera installé dans un affût. De 18h a 11h du matin ça sera l’enfermement jusqu’à ce que Marc vienne nous chercher. Une redescente pour aller manger, discuter sans fin des visions hallucinantes de ces chers tétras et retour sur la place à 18h.  Une organisation réglée au millimètre dans les moindres détails. Les affûts sont nickel et le spectacle grandiose.
222 (2)
Marc a su nous faire partager sa passion et l’amour de la montagne et des hommes. C’est une encyclopédie à lui tout seul. Il est incollable sur les espèces de montagnes et connaît de nombreux spots en Espagne comme dans d’autres pays. Pour avoir vu des grands tétras sur d’autres sites, chez Marc c’est le top. Si vous voulez vous faire plaisir, n’hésitez pas

 

« Viviamo in Armonia con la Natura »


005-3

 

« Viviamo in Armonia con la Natura » peut-on voir sur les entrées du Parc National des Abruzzes. Une telle devise a été oubliée depuis longtemps en France et je ne connais pas un parc ou une réserve qui ose pavoiser ainsi chez nous!

C’est la cinquième année que je vais vivre et résonner au son du brame dans ce magnifique parc. En revenir est chaque fois un déchirement, mais encore plus cette année.

Je suis parti avec le ferme espoir d’observer plus longuement, et dans de meilleures conditions que l’an dernier, les mythiques mais très discrets loups des Apennins. Depuis plusieurs mois, des informations filtrent me portant vers des rêves de belles rencontres.

Les amis montagnards que je retrouve sur place sont dans le même état fébrile que moi. Thierry, Didier, Laurent, Morgane et Eric, sans oublier Sophie et ses précieux conseils, mettrons en communs leurs expériences, passions et ténacités pour rassembler toutes les chances de rencontre de notre côté. Fabien alias « Eliot et les loups », pour les initiés, m’apportera son aide précise pour orienter les recherches.

Et des rencontres il y en a eues, et pas seulement avec les Maremmes, chiens de protection locaux !!! Bien sûr au prix de longs affûts inconfortables, de nuits très courtes et de dénivelés très hard .Pendant 5 jours nous avons pu observer une meute se repaitre sur une carcasse de mule.

Une autre fois, les assauts au cours d’une brame ont été fatals à un cerf. Le relief où avait eu lieu le combat, avec ses vires abruptes, conjugué à l’épuisement, a eu raison de l’équilibre de l’animal qui a fait une chute mortelle. Triste fin pour un éventuel reproducteur mais quelle aubaine pour les prédateurs équarrisseurs ! Je vous soumets quelques images souvenir de ce fabuleux automne 2016.

Au pays de Dracula.13/08/2016

046-2Enfin nous voilà partis. Après une année de contacts et gestion de pas mal de problèmes d’intendance, arrive la concrétisation d’un rêve. Je vais bientôt toucher les Carpates et commencer mes repérages.

Mais avant d’atteindre la Roumanie, quel périple ! Partis de Perpignan, il nous a fait longer les rives nord de la Méditerranée en traversant l’Italie, la Slovénie et La Hongrie. Après 2 jours de voyage, c’est l’arrivée à Pradeal, à 30 km de Brasov, le cœur des Carpates. Ah oui, pourquoi deux jours de voyage pour « seulement » 2400km ? C’était en bus. J’ai voulu vivre l’aventure dès le départ ! Il fallait ça pour se préparer à la Transylvanie.

Si j’ai opté pour la Roumanie, c’est que le pays abrite la plus dense population d’ours (entre 4 et 6 mille), quelque 2000 loups et autant de lynx. C’est certainement le seul héritage positif de la dictature Ceausescu : l’interdiction de la chasse populaire a grandement favorisé la faune sauvage. Par contre les 100 000 chiens errants estimés, posent un sérieux problème aux écosystèmes naturels, même si pour 20%, ils sont au menu des loups.

Me voici donc, près de Brasov, au cœur de la plus important population ursine du pays. Pour une petite visite dans le Parc de Bucegi grande réserve de Faune sauvage, un contact local, non spécialiste, m’accompagne. La prospection est prudente. Nous restons sur les pistes ; s’aventurer en forêt reste, paraît-il, assez risqué !!!

Les premiers indices de présence sont rapidement découverts : arbres griffés, poils collés aux écorces, empreintes nombreuses fèces. Mais pas de contact direct, donc pas de photo. De toute façon, mon matériel ne pouvait être embarqué dans le bus, au risque d’avoir quelques complications…

C’est après quelques jours, et encore de nuit, à proximité du village où nous résidons, que je croisai enfin le regard envoutant de l’ours tant convoité. Instant fugace mais combien magique ! Il s’était aventuré dans le quartier pour fouiller les poubelles. Une piètre photo avec compact sera la seule trace concrète.

Mais que de potentialités ! Déjà s’ébauche dans ma tête le projet d’un prochain voyage, ciblé, et avec matériel, et là….

Visite chez les Ariégeois !!!!!

   Depuis un petit moment une petite idée me trotte dans la tête: aller  photographier des chevreaux d’isards dans la Réserve d’Orlu. Cette réserve nationale est juste de l’autre côté de la crête des Camporells, secteur que je fréquente régulièrement. C’est le haut d’une vallée très préservée. La faune et la flore y sont riches et bien représentatives des Pyrénées.
Strictement surveillée, des autorisations spécifiques sont nécessaires pour sortir des sentiers balisés. Il faudra donc en obtenir une!
    Mes premiers contacts seront avec le brigade de L’ONCFS d’Orlu; je suis orienté vers différents services et c’est finalement c’est à  Pierre Menaut, directeur de la réserve que je peux détailler mon projet. Son équipe est justement en pleine campagne de capture d’Isards depuis début Mai pour marquage et pose de collier GPS.
Le suivi de la population de cet ongulé est une préoccupation majeure de son service.
    Il me propose d’accompagner son équipe et de faire la couverture photo de leur action. C’est trois jours que je vais passer en montagne à assister à leur travail. Un seul isard, le trentième de la saison, un record,  sera capturé et équipé. Quel moment intense!
 
    Pour ces 3 jours magnifiques passés  avec une super équipe, je remercie Kevin Foulché, Pierre Menaut , Philippe  Xeridat , Olivier et tous les stagiaires et tout particulièrement Hervé, chef de la brigade départementale des Pyrénées-Orientales
029 (5)
 

 

A la rencontre de « Maria Blanca »

Au début du printemps, depuis deux ans, nous faisons des repérages pour trouver le meilleur « spot » où observer le vautour percnoptère. Et c’est un rassemblement d’une trentaine de ces « Maria Blanca », comme disent les Béarnais, que nous avons observé. Exceptionnel pour ce vautour des plus menacés. Milans noirs et royaux, vautours fauves ou cigogne viennent parfois les accompagner. Après un accord difficilement négocié avec le propriétaire du massif et quelques kilomètres sinueux dans la montagne nous voici chez eux. Deux jours d’affût avec des conditions météo limites, pluie et faible lumière, seront finalement récompensés dans les deux dernières heures. Un spectacle exceptionnel pour nous, avec un minimum d’une vingtaine d’individus, dont beaucoup d’immatures, qui viennent tourner, se poser et finalement choisir leur dortoir pour la nuit. Énorme! Tant dans le plaisir de l’observation des comportements, avec des rapports hiérarchiques, que bien sûr, dans celui du captage des attitudes. Deux heures magiques qui me hanteront longtemps.
 

049 (6)